La danse des raies : l’émotion d’une plongée nocturne aux Seychelles

Alyzée

écrit par Alyzée • octobre 17, 2018

Nous sommes au coeur de l’archipel des Seychelles, au beau milieu de l’océan indien. Faites comme si vous y étiez car ce que je vais vous raconter doit se vivre, pas seulement se lire.

Imaginez-vous un instant à mes côtés à bord du Muzical, un catamaran de 45 pieds, au mouillage dans la baie de l’Anse Volbert sur l’île de Praslin, au cœur de l’archipel des Seychelles dans l’Océan Indien.

Il est 1h du matin et il fait encore 29 degrés. Après une soirée BBQ avec la flottille sur la plage de Côte d’Or, nous rejoignons respectivement nos navires et profitons des derniers instants sur le pont. Il est tard, nous sommes tous exténués. Un à un, chacun regagne sa cabine. Notre skipper Andrea profite du calme de la nuit pour apprécier la beauté du clair de lune reflétant sur l’horizon. 

Je me prépare à rejoindre Morphée, quand Andréa m’interpelle et m’invite à venir jeter un coup d’œil sur le pont.

Curieuse, je m’approche et penche la tête par-dessus la balustrade. L’eau est phosphorescente, éclairée par les néons bleus du bateau, j’aperçois une toute autre vision des fonds. Autour de ce faisceau lumineux s’agglutine un amas de toutes sortes de poissons différents. De la moindre petite particule planctonique aux robustes poissons chauve-souris, tous ont l’air obnubilé par cette illumination. Cette scène magique m’émerveille et comme une enfant et je m’installe pour contempler l’aquarium naturel.

Mais Andréa me pointe quelque chose d’autre du doigt : « il faut regarder plus en profondeur » me dit-il. Là, tapis dans l’ombre, je distingue une silhouette triangulaire, puis deux, puis trois ! Ce sont des raies pastenagues qui se joignent à la danse !

Ni une, ni deux, je file troquer mon pyjama contre un maillot de bain. Il faut absolument que je me jette à l’eau ! Palmes, masques, tuba et GoPro, me voilà armée !

Le capitaine me freine dans mon élan et me dit qu’il est 1h30 du matin, que je ne vais pas plonger maintenant : « sois raisonnable voyons, tu ne vas tout de même pas aller te coucher les cheveux mouillés ? ». Je crois qu’il ne connaît pas encore bien le personnage… Non seulement je vais plonger, mais en plus j’entends bien m’approcher au plus près afin de capturer des images saisissantes !

Andréa réalise alors qu’il ne me fera pas changer d’avis.

Il décide alors d’assister à ma nage crépusculaire. Tout doucement, nous déplions l’échelle. Il faut faire preuve de délicatesse pour ne pas effrayer ces créatures aquatiques. Muni de sa lampe torche, Andréa supervise l’opération depuis le pont.

J’enfile mon masque et plonge la tête dans ce spectacle nocturne. De nuit, c’est un tout autre univers, tout semble plus lent, c’est si paisible. Il est vrai qu’au premier abord, plonger de nuit peut sembler angoissant. Mais une fois immergé dans la pénombre on éprouve un sentiment de plénitude.

Au milieu de ce rayon bleuté, je fais partie intégrante du show. Telle une privilégiée, les poissons m’encerclent et réalisent un ballet tout autour de mon corps. Je me sens comme Merlin l’enchanteur, c’est excitant !

J’entreprends alors une première descente en direction de ces anges camouflés dans l’obscurité. 3-4 mètres de profondeur d’après mon skipper, ce n’est pas énorme mais il faut tout de même se concentrer sur son souffle. Plus je plonge, et plus mon environnement s’assombrit. Une fois au fond, la visibilité se restreint à la circonférence qu’émet le halo azur.

Soudain, surgissant de nulle part une raie ! Elle s’approche, me tourne autour comme attirée par le reflet étincelant que profère le néon sur ma peau.

A bout de souffle, je remonte en deux coups de palmes. Andréa m’avise de redoubler de vigilance car ces raies peuvent être dangereuses si on les approche de trop près. Avertis, je replonge en connaissance de cause et reste prudente. Là, ce n’est plus une, mais trois raies qui se sont regroupées sur le récif corallien.

C’est stupéfiant, elles nagent en groupe avec une telle grâce, comme bercées par le mouvement de l’eau… Je perds mes mots devant tant d’élégance.

Je les suis timidement avec ma GoPro, elles s’éloignent peu à peu de mon champ de vision, mais la torche d’Andréa prend le relais dans la zone in-éclairée. Insouciante, je n’ai plus la notion du temps, les secondes ressemblent à des heures. Quelle aventure sensationnelle !

En remontant prendre mon souffle, Andréa me dit qu’il est déjà 2h30, je me résous à laisser la nature poursuivre sa nuit. Il va être difficile de s’endormir après avoir vécu un tel rêve !

Oui, ce soir ce soir j’ai nagé de nuit avec un banc de raies pastenagues dans l’Océan Indien. Quoi de plus magique ?